12/10/2010

Tribulations en pays vaudou

Le Bénin... petit pays d'Afrique de l'Ouest, coincé entre Togo et Nigeria au bord de l'océan atlantique. Cela peut vous paraître si loin et pourtant... quelques heures de vol m'ont suffit pour débarquer façon VIP sur le tarmac de Cotonou. Plongée brutale dans la moiteur tropicale: 30°C et 90% d'humidité tout de même! Je ne suis pas fana des courants d'air... mais voilà que je me réconcilie avec les ventilos de toutes sortes!! T-shirt léger et pantacourt font partie de mes bagages que je déballe très vite. Il y des urgences qu'on ne néglige pas: les chocolats! 

Première nuit chez Aziz & France: premiers appels de muezzin, premiers chants de coq, premières pétarades de motorettes... & premier petit déjeuner agrémenté de ma "Gelée de groseilles - Saison 2010" ou d'ananas "pains de sucre". Calories, calories...

C'est aussi les vacances pour la famille Lasmar: pas encore de rentrée scolaire pour Sara & Imran et semaine de congé bien mérité pour Aziz et France. La météo étant plutôt clémente, nous en profitons pour quitter la capitale direction Casa del Papa. Une petite heure de voiture à peine pour rejoindre les bungalows qu'Aziz nous a réservés. Entre mer et lagune, entre mini-golf et piscine, nous passerons ici nos trois premiers jours de retrouvailles familiales.

1CasadelPapa.jpgBordée de cocotiers, la longue plage de sable s'étend sur des kilomètres. Malheureusement, ici, les rouleaux de l'Atlantique sont bien trop dangereux pour nous autoriser la baignade. Alors, faute de pouvoir dompter les vagues, nous ramasserons quelques coquillages en observant les pêcheurs. Chaque matin, après avoir jeté leurs filets au large, ils parcourent - au rythme des chants et des cloches - quelques des centaines de mètres en tirant sur la corde qui retient leur hypothétique butin. "Yovo Yovo, vient tirer avec nous!" Je me joins à eux sans hésiter, déclenchant rires et quolibets. La pêche sera loin d'être miraculeuse: quelques grosses crevettes, petites soles et dizaines de capitaines, seuls rescapés des gros bateaux-usines japonais ancrés à l'horizon. Combat inégal.

4Pêche.jpgDerrière la plage, la lagune. France et moi, nous partons à la recherche d'un village appelé Azizakoué. La nature est magnifique, oasis de verdure et d'ombre sous laquelle nous nous réfugions. Entre mangrove et cocotiers, nous croisons des femmes qui partent vendre leurs oignons au marché, bassines sur la tête. Les enfants s'amusent au bord du sentier et nous accueillent avec leur incontournable ritournelle: "Yovo Yovo. Comment ça va? Ca va bien, merci." chantée à l'unisson. Mais lorsque je dégaine mon appareil photo, tous s'éparpillent en criant... d'autres moins farouches se prêtent plus volontiers au jeu des grimaces et autres pitreries.

2Azizakoué.jpgMardi matin, un ciel plombé nous pousse à l'excursion et au voyage dans le temps: direction Grand-Popo que nous avons connu il y a déjà 20 ans. J'en ai gardé le souvenir d'un petit patelin perdu au bout de monde, avec ses vieux routards aux allures soixante-huitarde. Rien n'a changé... ou presque. Beaucoup de blancs sont partis. Les anciens bâtiments coloniaux, eux, sont toujours là mais un peu plus délabrés... et malgré la poussière et les chauve souris qui envahissent l'espace le temps des vacances scolaires, l'école sera bien en service à la rentrée! La poste est maintenant habitée par un yovo et entourée de verdure. L'ancien tribunal a été transformé en auberge et l'église de Bethléem est devenue le centre du culte protestant méthodiste local. Rien ne se perd, tout se transforme.

3GrandPopo.jpgAutre curiosité locale: Ouidah, petite ville célèbre à l'époque du commerce des esclaves et aujourd'hui encore haut lieu du vaudou. Le dieu-serpent Dangbé y est vénéré depuis des siècles et honoré dans le fameux temple des pythons. Après quelques explications sur la pratique du culte vaudou, le supposé prêtre initié nous ouvre la porte sacrée et nous présente ses protégés: une bonne vingtaine de reptiles que nous pourront approcher, voire même manipuler pour les plus courageux(euses). En quitant l'endroit, dernier coup d'oeil au zingbin, sorte de jarre rituelle couverte de substances sacrificielles: huile de palme, poudre farine, sang de coq... Brrr brrr... pourvu que le mauvais sort reste bien planqué là!

5Ouidah.jpgMercredi, fin de journée, retour à Cotonou par la fameuse Route des Pêches. "Poursuivez votre chemin, votre miracle est cours." Cette phrase écrit sur la guérite d'un péage me laisse perplexe... c'est vrai qu'il faut souvent louvoyer entre nids de poule et véhicules en panne... Prévisible. Car ici, on ne lésine pas sur les chargements, de quelque nature qu'ils soient: camionnettes poussives chargées plein-pot, taxis-brousse aux allures de boîtes à sardines, motos avec 4 passagers... sans parler des bassines sur la tête ! Dans les bas côtés, des dizaines de petits vendeurs ont installés leurs échoppes profitant du moindre freinage pour proposer leur marchandise: pain sucré, fruits frais, cartes téléphoniques ou paniers tressés. Et si les étalages de bouteilles joliment alignées ont des beaux reflets dorés, ne nous laissons pas tenter: ni huile de massage parfumée au coco, ni huile de palme 100% naturelle...  elles ne contiennent que de l'essence achetée en fraude au Nigéria voisin et vendue illégalement ! 

6Ontheroad.jpg

Le circulation en ville est tout aussi chaotique. Facilement reconnaissables à leurs chemises jaunes, les hordes de "zemidjans" (les moto-taxis "emmène-moi vite") s'agglutinent aux feux, pétaradants et polluants à tout va... mais malgré ce tohu-bohu, je me suis tout de même risquée à prendre le volant quitte à perdre mon sens du code de la route voire du fairplay! Ajoutons qu'en fin de journée, la ville se transforme en véritable circuit de Formule1: les véhicules d'occasion sortent du port comme des bolides, conduites par des chauffeurs étant payés à l'unité livrée à destination ! Ambiance!

City.jpg

Je ne quitterai pas Cotonou sans passer faire un tour aux marchés. Pour son approvisionnement hebdomadaire, France se fournit au petit marché de fruits & légumes du quartier Ganhi. Une dizaine de femmes y tiennent leurs échoppes, se revendant l'une l'autre - si besoin est - l'article manquant. Les légumes cultivés en ville sont de toute première fraîcheur, lavés et empilés avec soin, formant de jolies pyramides colorées: carottes, tomates, poivrons, concombres, piments, haricots, pommes de terre, ignames. Les fruits arrivés des campagnes sont mûrs à souhait: ananas "pains de sucre", mangues, pommes, papayes & citrons verts.

Marche.jpg

Nous passerons dimanche après-midi au marché Dantokpa, échappant ainsi au bain de foule. Situé en bord de lagune, c'est LE plus grand marché de l'Afrique de l'Ouest. On y trouve tout ou presque: alimentation, pagnes, bijoux, artisanat, électroménager... France en profite pour y faire les achats de rentrée scolaire: craies, ardoises, cahiers, cartable, t-shirts...  ainsi qu'une nouvelle "télé d'occasion" achetée et contrôlée à même le trottoir!

Dernière visite culturelle, celle du Palais Royal de Porto Novo, capitale administrative du Bénin.

PortoNovo.jpg

NDLR: Yovo: façon de désigner l'homme blanc, en dialecte Mina.

16:07 Écrit par Monique dans Côté vacances | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bénin, cotonou, ouidah, grand-popo, vaudou |  Facebook |

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